Bretagne et Grand Ouest

Le 8 Mai 2019 se souvenir du 8 Mai 1945
Pour mieux agir pour la Paix dans la justice et la fraternité.

Roland Nivet lit la déclaration au nom du collectif des organisations rennaises
Roland Nivet (au centre) lit la déclaration

Déclaration de Roland Nivet responsable du Mouvement de la Paix au nom du collectif des organisations rennaises

Le 8 mai 1945 a  vu la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie.

Cette date consacre la fin de la guerre en Europe et la victoire sur le nazisme qui annonçait la fin de la deuxième guerre mondiale.

En ce 8 mai 1945 il est impossible de célébrer l’anniversaire de la victoire contre le fascisme sans vouloir arracher à l’oubli ce qui s’est passé en Algérie le 8 mai 1945 et les jours suivants à savoir le massacre de dizaines de milliers d’algériens et d’algériennes qui entendaient aussi fêter cette victoire à laquelle  ils avaient contribué.

Ainsi aujourd’hui nous devons bien sur rendre hommage à toutes celles et tous ceux  qui ont agi et se sont battus pour la liberté dans les mouvements de résistance, dans les forces françaises de l’intérieur, dans les armées ou mouvements de résistance de tous les pays qui combattaient le fascisme et le nazisme ainsi qu’à toutes les victimes civiles. Nous devons penser à toutes celles et ceux qui ont péri dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Nous devons nous rappeler de tous les morts du fait de l’intolérance raciste, xénophobe et colonialiste (incluant les discriminations religieuses et culturelles), intolérance qui malheureusement tend à resurgir en Europe et dans le monde dans cette période de crise globale.

Mais en même temps nous entendons aussi nous souvenir que le 8 mai 1945 a été marqué par le début d’une répression sauvage en Algérie.

Cette répression a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques jours.

Les manifestations pacifiques de Sétif, Guelma, Kherrata ont été réprimées dans le sang. Des milliers de civils algériens ont été massacrés par la police, la gendarmerie, des milices armées par les autorités locales et l’armée française. C’est après le déclenchement de cette répression que l’on a déploré à Sétif et aux alentours une centaine de victimes européennes.
 
Cette répression a été menée dans le cadre d’un colonialisme féroce qui n’entendait pas faire bénéficier  les algériens et algériennes  des libertés que permettait d’entrevoir la victoire contre le nazisme. Pourtant cette victoire contre les forces du nazisme ; le peuple algérien, comme tous les autres peuples subissant le joug du colonialisme y avait largement contribué.

Cette répression constitue le point de départ de la guerre d’Algérie à l’issue de laquelle le peuple algérien a acquis son indépendance et sa souveraineté.

Cette indépendance et cette souveraineté permettent encore aujourd’hui même au peuple algérien d’écrire une nouvelle page de son histoire qui nous l’espérons permettra au peuple Algérien de construire démocratiquement et pacifiquement l’Algérie de ses rêves.
 
Revenons aux massacres de Sétif. Reconnaître ce crime d’État dans l’histoire commune de la France et de l’Algérie ne peut que permettre à la France d’en finir avec la page coloniale de son histoire et de favoriser le plein épanouissement des partenariats entre nos deux peuples et nos deux Etats.

Si le 19 mars dernier le Président de la république a reconnu que le système colonial en Algérie était « injuste » et « niait les aspirations des peuples à décider d’eux-mêmes », il faut qu’il aille plus loin en disant la vérité sur les massacres du 8 mai 45. Le  geste symbolique fait à Sétif en 2015 par le secrétaire d’État Jean-Michel Todeschini demeure très en-deçà de cette demande. Le conseil municipal de Paris en 2015 a demandé à l’unanimité, au chef de l’État de reconnaître ces massacres comme crime d’État. Des vœux dans ce sens ont été adoptés par des villes comme Rennes, Nanterre Ivry sur Seine.

Nous nous souvenons du très beau discours que Madame la Maire a prononcé ici même l’an dernier  qui allait dans ce sens.

Par ailleurs le 5 février 2017 à l’occasion d’un déplacement en Algérie ; Emmanuel macron a affirmé que « la colonisation est un crime contre l’humanité ». Il avait dit le 5 mai suivant « je prendrai des actes forts ». Il est temps d’exiger que le chef de l’État passe de la parole aux actes. Nous devons demander l’ouverture de toutes les archives, l’inscription dans la mémoire nationale de ces événements y compris dans les livres scolaires par le biais de gestes forts des plus hautes autorités de l’État et un soutien à la diffusion des documentaires relatifs aux événements dans l’éducation nationale comme dans les médias publics.
 
Alors qu’aujourd’hui  les acquis sociaux et démocratiques obtenus dans la période qui a suivi la victoire sur le nazisme sont remis en cause, ce moment annuel de mémoire est important pour construire le futur. Il doit permettre à chacun de prendre conscience que la construction d’un monde et d’une Europe de justice, de solidarité, de fraternité et de paix nécessite l’action individuelle et collective tant pour la justice sociale, la  prévention des conflits et la diminution des dépenses d’armement (qui ont atteint la somme inacceptable de 1820 milliards de dollars en 2018) comme  nous y convie la Charte des Nations unies.

La lutte pour la paix, pour la justice, pour les droits humains, contre le racisme et la xénophobie, pour l’élimination des armes de destruction massive dont les armes nucléaires conformément aux résolutions des Nations Unies, contre le commerce illicite des armes et contre le dérèglement climatique, ainsi que les efforts pour faire émerger une culture de la paix et de la non-violence, font partie du combat pour la liberté, pour un monde enfin humain, fraternel et juste, respectueux de la planète et de la biodiversité et soucieux de l’avenir des générations futures.

Ces combats solidaires et actuels, sont constitutifs du chemin vers la paix.

Je me permettrai au-delà de ce texte commun de dire quelques appréciations en mon nom personnel et au nom du Mouvement de la Paix.

En décembre et janvier 2018 je me suis rendu une quinzaine de jours en Algérie.

Ce séjour m’a conduit à Gardhaia, Blida, Alger, Si Moustafa, Boumerdes et m’a permis de rencontrer des universitaires de Tizi Ouzou et les amis des associations avec lesquelles nous entretenons des relations depuis 21 ans.

J’ai pu constater combien les algériens et algériennes sont à la fois conscients des dangers qui entourent leur pays dans un contexte d’extension de la guerre (suite à la guerre en Libye en particulier) mais sont aussi avides de développer des relations constructives dans tous les domaines en particulier avec le peuple français dans le strict respect de la souveraineté et de l’indépendance de l’Algérie et de son peuple.

Dans le même ordre d’idée, en avril 1998, durant la décennie noire,  pendant 15 jours dans le cadre d’une délégation du Mouvement de la Paix, nous sommes allés à travers l’Algérie à la rencontre du peuple algérien. Nous sommes allés jusqu’à Sétif porter 1000 lettres individuelles écrites par des rennaises et des rennais et destinées aux citoyens de Sétif. Dans cette lettre les rennaises et rennais souhaitaient des jours meilleurs pour toutes les algériennes et Algériens. La distribution de ces 1000 lettres à travers la ville via le Recteur de l’Université de Sétif avait été fortement appréciée par les habitants de Sétif et avait permis également à mon université, via le défunt Président de l’Université de  Rennes 1 Jacques Lenfant, de renouer les liens scientifiques entre les universités de nos deux villes jumelées. Tous ces contacts, et les partenariats qui en ont résulté, nous ont permis de mieux comprendre la situation algérienne et de développer au sein de la population rennaise des solidarités nouvelles.

Au-delà de cet exemple nous pensons que le jumelage et les liens qui unissent Rennes et Sétif sont un exemple pour le développement de partenariats entre les peuples des deux côtés de la Méditerranée et plus largement dans tout l’espace euro-méditerranéen pour en faire un espace de coopération, de fraternité et de paix.

Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC 35) – 4 ACG 35 (association des anciens d’Algérie et de leurs amis) – association Amazigh Breiz – Ligue des Droits de l’Homme 35 (LDH 35) – Association Rennes Sétif – Maison Internationale de Rennes (Mir) – Le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) – Le Mouvement de la Paix

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